"C'est au moment où vous croyez prendre en main les rênes de votre destin que vous risquez d'être écrasé. Agissez prudemment. Comptez avec un certain nombre de surprises. Quand on crée, il y a toujours d'autres forces à l'oeuvre."Darwi Odrade.
~ Frank Herbert,
La Maison des Mères ~
« Quand le Yellowstone explose.
Que ressentiriez-vous si le Yellowstone, le premier, le plus célèbre et le plus fascinant parc national américain entrait en éruption ? À vrai dire, asphyxié par le soufre qui brûlerait vos poumons, vous n'auriez pas vraiment le temps d'y penser.
La question n'est pas de savoir si cette catastrophe va se produire. Pour ce qui est de savoir quand, le réveil du plateau volcanique n'est pas « programmé » : le fait est qu'il pourrait exploser à tout moment, remplir l'atmosphère d'acide sulfurique et de cendres, et plonger la planète dans un « hiver nucléaire ».
Le scénario du Yellowstone ressemble beaucoup à celui envisagé par Carl Sagan à la fin des années 1970. L'éruption créerait une série de cercles concentriques analogues à ceux de l'enfer de Dante. Le site de l'explosion, ou « point zéro », serait bien sûr calciné et toute vie y serait anéantie. Une grande partie du Montana et du Wyoming ressemblerait à Surtsey : un tas de décombres noircis attendant les fientes d'oiseaux. Le supervolcan se dressant sur d'énormes réserves d'uranium, le cercle suivant serait empoisonné par les retombées radioactives que les vents déposeraient sur des milliers de kilomètres à la ronde, contaminant mortellement êtres humains et animaux. Le cancer de la thyroïde serait le premier à se déclarer.
Ces conséquences, si dramatiques qu'elles paraissent, ne seraient pourtant rien en comparaison des effets du nuage de cendres dispersé au-dessus de l'Amérique du Nord par les vents d'ouest. La cendre rendrait l'air irrespirable, et, à long terme, occulterait la lumière solaire et ferait chuter la température, entraînant l'effondrement de l'agriculture et de l'économie. L'hémisphère nord, où se situent environ 65% des terres émergées et de la population, serait livré à la famine et au chaos.
Le Yellowstone a connu au moins cent éruptions importantes, dont trois record. La première s'est produite il y a 2 millions d'années, la suivante il y a 1,3 million d'années. D'après un article de Nature du 2 mars 2006, intitulé « Soulèvement, activité thermale et intrusion magnétique de la caldera du Yellowstone », la plus récente éruption à grande échelle du supervolcan serait survenue il y a environ 640 000 ans, crachant mille kilomètres cubes de cendres dans l'atmoshpère – une quantité suffisante pour ensevelir les États-Unis sous un mètre de sédiments. Voilà qui suffirait à bloquer totalement le rayonnement solaire pendant une décennie.
[...] La caldera du Yellowstone est d'une taille appréciable : entre quarante et cinquante kilomètres de long sur vingt de large, le coeur en fusion du parc Yellowstone équivaut à la superficie de la ville de Tokyo.
À la suite de cette découverte, des sondages géologiques révèlerent que la caldera s'était élevée de soixante-quinze centimètres depuis 1922 en se remplissant de magma, et qu'elle était prête à exploser. Comparé au millimètre par siècle de la dérive continentale ou à l'imperceptible érosion des montagnes, un tel changement est pour le moins brutal.
Comme le rapporte Robert B. Smith, géologue et géophysicien de l'université de l'Utah, la déformation topographique du site est si prononcée que le lac Yellowstone, situé au sommet de la caldera, s'est incliné sous le gonflement du terrain. L'eau s'écoule à l'extrémité sud, inondant des arbres qui poussaient sur le bord il y a quelques années.
« Une éruption du supervolcan serait dévastatrice à une échelle que nous n'avons probablement jamais envisagée » déclare le scientifique. On estime la puissance de l'explosion à l'équivalent de mille bombes du type Hiroshima. Par seconde. Par minute, cela équivaudrait en gros à l'énergie totae dégagée au cours de toutes les guerres jamais menées.
« J'ignore ce que nous pourrions faire, à part nous réfugier sous terre », déclare Steve Sparks, professeur de géologie à l'université de Bristol.
[...]
Les supervolcans sont bien entendu beaucoup plus puissants que les volcans ordinaires. Par définition, ils sont de degré 8 sur l'échelle d'indice d'explosivité volcanique (VEI) qui en compte 8. Comme l'échelle de Richter pour les séismes, le VEI est logarithmique, ce qui signifie que chaque degré indique une déflagration dix fois plus élevée que le précédent. L'éruption du mont Saint-Helens, considérée comme énorme, avait un VEI 5.
la planète compte d'autres supervolcans : la caldera Kikai, dans les îles Ryükyü, au Japon ; la caldera de Long Valley en Californie ; la Garita Caldera du Colorado ; les Champs Phlégréens de Campanie, en Italie. Une éruption de supervolcan qui s'est produite au lac Taupo, en Nouvelle-Zélande, en l'an 186 de notre ère, a dévasté l'île du nord du pays. En comparaison d'une éruption du Yellowstone, ce n'était qu'un petit pétard.
p.78-81
« Pour comprendre comment fonctionnent les supervolcans, imaginez un abcès qui grossit sous votre peau tout en se déplaçant et en diffusant dans le derme un pus brûlant. En termes géologiques, cet abcès se nomme « point chaud » et, en réalité, c'est la peau -la croûte- de la terre qui se déplace au-dessus. »
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« Sur les trente points chauds actifs de la Terre, presque tous, à l'exception du Yellowstone, sont situés sous l'océan ou en bordure des côtes, ou sur d'autres frontières entre les plaques tectoniques. » [...]
Le Yellowstone, en revanche, se trouve juste au milieu du continent nord-américain. Il est assez loin de tout océan ou limite de plaque – la plus proche se situant à peu près sur la côte Pacifique. Et le point chaud du Yellowstone ne descend pas aussi profond que les autres. Selon les estimations actuelles, il atteint seulement deux cents kilomètres, soit moins du dixième de la normale. Donc l'énergie ne naît pas du coeur en fusion de la Terre. Elle semble plutôt provenir de la chaleur produite par la dégradation des énormes quantités d'uranium et autres éléments radioactifs contenus dans la région, chaleur qui fait ensuite fondre le basalte riche en fer, dont de grosses masses visqueuses apparaissent régulièrement au sommet.
« Les blocs de basalte en fusion chauffent la roche située au-dessus, créant une chambre de magma dans laquelle du granite riche en silice fond partiellement, formant lors des éruptions une roche appelée rhyolite... Comme la rhyolite en fusion est épaisse et visqueuse, les grandes éruptions du Yellowstone ont été explosives, contrairement aux éruptions de basalte, qui s'écoule plus doucement des points chauds océaniques [comme Surtsey] », écrivent Smith et Siegel.(« Fenêtres sur les profondeurs de la Terre : l'histoire géologique des parcs nationaux de Yellowstone et Grand Teton » par Robert Smith et Lee J.Siegel)
Le point chaud du Yellowstone se serait formé il y a 16,5 millions d'années, aux frontières de l'Oregon, du Nevada et de l'Idaho. On estime qu'il a connu depuis plusieurs dizaines d'éruptions, chacune dévastant toute vie existant à l'époque.
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Lentement, mais sûrement, le point chaud meurtrier s'est déplacé de huit cents kilomètres vers le nord-ouest, pour aboutir à sa localisation actuelle au nord-ouest du Wyoming, où la caldera forme à présent le coeur en fusion du parc national de Yellowstone. Comme tout abcés que l'on gratte, il finira par se percer et se vider. Une fois vide, il se calmera et se remplira lentement durant les six cent mille années suivantes, et explosera de nouveau. Aucune date n'est prévue : juste un moment de « maturité » optimale.
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Comme l'ont découvert les producteurs du documentaire de la BBC, pour des raisons inconnues, la plupart de ces informations ne sont toutefois pas portées à la connaissance du grand public. Par exemple, les nombreux rapports sur le gonflement de trente mètres du fond du lac Yellowstone, un lac de haute montagne normalement froid dont la température aurait atteint 26°C, n'ont été ni confirmés ni infirmés par les autorités du parc. Nous sommes donc forcés de nous fonder sur des sources officieuses. Selon Bennie LeBeau, membre de la nation Shoshone du Wyoming, plusieurs cheminées de vapeur se sont formées le long du bassin du geyser Norris, où la température du sol a presque atteint les 93°C en 2003, date à laquelle les cinq cents kilomètres carrés du bassin ont été fermés aux touristes.
Si le gouvernement se montre soucieux d'éviter tout mouvement de panique et estime de son devoir de veiller à la sécurité de chacun, il n'en demeure pas moins que l'éruption pourrait se produire avant que quiconque soit averti : « La seule conclusion raisonnable lorsqu'on étudie l'environnement actuel de la caldera du Yellowstone, c'est qu'il n'y a pour l'heure aucune manière de prévoir précisément le moment de son éruption », écrit Timothy B. Trombly, vulcanologue du Southwest Volcano Research Center d'Arizona.
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Sparks a ainsi démontré que la caldera d'un supervolcan, remplie de magma liquide, n'agit pas comme un ballon rempli d'eau, qui laisserait lentement suinter son contenu par une ouverture, mais plutôt comme un ballon gonflé de gaz, qui explose à la moindre piqûre. Cette découverte est une mauvaise nouvelle, car la mesure pratique la plus évidente pour empêcher ou retarder une éruption du Yellowstone – percer un trou dans la caldera pour laisser échapper une partie de la pression – aurait précisément l'effet opposé : elle déclencherait l'éruption."
Lawrence E.Joseph, Apocalypse 2012, une enquête scientifique des catastrophes annoncées - glas de notre civilisation ou avènement d'une nouvelle ère ?